Un couple de bourgeois au XIIe siècle. A l'origine, le mot de bourgeois ou « burgenses » désignait les habitants d'une ville fortifiée -le mot burg, en allemand, désignant la forteresse. En réalité, l'apparition de la bourgeoisie en tant que classe distincte de celle des paysans ou des chevaliers, ne date guère que du Xie siècle et correspond à l'évolution économique de l'Europe à cette époque. En effet, excepté dans les régions du Midi de la France, où l'empreinte urbaine et romaine avait été la plus forte, la civilisation urbaine va presque complètement disparaître jusqu'au Xe siècle. Certes, les villes existaient, mais elles étaient petites et généralement établies autour d'un monastère ou d'une forteresse. Les habitants de ces villes étaient alors des artisans ou des domestiques au service du comte ou de l'abbé. Quant aux échanges économiques, ils se faisaient presque totalement en nature. Le XIe siècle va donc voir la réapparition de l'argent monnaie et l'extension, l'intensification des échanges commerciaux. Il faut dire que les siècles précédents, les attaques musulmanes puis vikings avaient fortement compromis, voir annihilé toute velléités commerciales, notamment dans le domaine maritime. L'éloignement, voir la fin des périls représentés par les conquérants musulmans et les Vikings devait donc s'accompagner d'un changement dans le mode de vie.
La campagne ne devient pas la seule source de subsistance, les échanges se font à nouveau et, logiquement, la monnaie fait son grand retour. Aux artisans des villes, s'ajoutent désormais les commerçants, des hommes libres payant une redevance au seigneur ce qui leur donnait droit de vendre et de s'approvisionner dans les villes. Commerce et artisanat devaient aller en augmentant, comme la population urbaine ; ils devaient également gagner leur indépendance vis-à-vis du seigneur. Les villes du sud de la France ou d'Italie allaient connaître un renouveau urbain ultra rapide, notamment du au fait que leur « urbanité », les principales caractéristiques des cités romaines avaient laissé des traces importantes. Mais ce renouveau va s'étendre à toute la France et à toute l'Europe en moins d'un siècle. Proches dans les faits et dans le travail, les populations urbaines étaient nettement plus soudées que les populations rurales. Surtout, elles avaient des intérêts communs, comme celui de se défaire de l'emprise seigneuriale. Ce sera le combat des bourgeois, artisans et commerçants, dans la lutte pour l'émancipation des communes, qui est le grand « combat » du XIIe siècle. En cela, la bourgeoisie va trouver un soutien non négligeable dans le souverain, qui avait, lui aussi, tout intérêt à affaiblir le pouvoir des féodaux. Les bourgeois vont ainsi acquérir plus de liberté, plus de pouvoir aussi, au point qu'en 1302, Philippe le Bel convoque des Etats généraux où étaient représentés les nobles, le clergé... et la bourgeoisie. Un nouvel ordre était né. |