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Néron, l’empereur fou
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Ecrit par Constance Cousin   
01-07-2006
Qui était Néron ? Un fou, un poète, un mégalomane, un assassin ? Sans doute fut-il tout cela, en effet. Mais, tels les « princes noirs » de la Renaissance, Néron était aussi un bâtisseur, un pacificateur, un politique qui, conclusion logique à l’instauration de l’Empire, voulait parvenir à la « monarchie absolue ».
Dernier empereur de la dynastie des Julio-Claudiens, Lucius Domitius Ahenobarbus est le fils unique de Cneius Domitius Ahenobarbus, consul ordinaire issu d’une ancienne branche de la gens Domitia, et de la célèbre Agrippine la Jeune, sœur de l’empereur Caligula. Un tel patrimoine génétique ne pouvait conduire qu’au pouvoir… et à la folie !
Dès le 15 décembre 37, jour de sa naissance, Lucius est le jouet des ambitions maternelles. Agrippine, femme d’une beauté époustouflante et à l’ambition dévorante, est un véritable animal politique. Dès 39, elle est prise en flagrant délit de conspiration contre son frère et exilée.
En 41, nouveau bouleversement : Caligula est assassiné par sa garde prétorienne et c’est Claude, son oncle, qui lui succède. Agrippine, de retour à Rome, se plonge à nouveau dans l’arène politique avec cette fois un atout de choix : son propre fils.
C’est que le jeune Lucius a tout pour plaire au peuple de Rome : descendant par sa mère et par son père du fondateur de la dynastie, il est aussi le petit-fils du très célèbre et très aimé Germanicus… et donc un prétendant non négligeable à la direction de l’empire. Agrippine le dit d’ailleurs assez fort pour que Messaline, la voluptueuse épouse de Claude, tente de faire assassiner ce concurrent potentiel !
Mais les obstacles sont nombreux qui séparent Lucius du trône. Agrippine va devoir payer de sa personne : en 49, après que Claude ait fait assassiner la trop belle Messaline, il épouse Agrippine et fiance sa propre fille, Octavie, avec le jeune Lucius. Le premier pas est franchi, Lucius a alors douze ans.
Claude est un être faible, gêné par un bégaiement permanent et dominé par sa femme. De fait, celle-ci n’a aucun mal, quand Lucius endosse la toge virile, à le faire adopter par l’empereur. Le 25 février 50, il devient le fils de Claude sous le nom de Tiberius Claudius Nero. Désormais, on l’appellera Néron.
Vers le trône
L'empereur Claude
L'empereur Claude
L’adoption de Néron par Claude le désigne, de fait, comme l’héritier de l’empereur. Tout sourit au jeune prince : il est adulé par le peuple ; son maître, Sénèque, l’initie aux subtilités politiques et au stoïcisme et, comme nombre de jeunes nobles de sa génération, il découvre toute la beauté de l’Orient. Seule ombre au tableau, plus le temps passe, plus l’influence d’Agrippine sur l’empereur diminue et plus Claude semble vouloir écarter Néron du trône au bénéfice de son fils, Britannicus. En 54, Claude semble d’ailleurs bien près de changer son testament… Agrippine agit alors très vite et fait empoisonner l’empereur ! Suétone raconte la suite des événements :
Entre la sixième et la septième heure, Néron se présenta devant la garde… Il fut alors salué du nom d’Imperator sur les marches du palais et se fit ensuite porter en litière jusqu’au camp. Après avoir harangué ses soldats, il se rendit au Sénat…
Qui n’a plus alors qu’à s’incliner… Le nouvel empereur a dix-sept ans.
Les funérailles de Claude sont magnifiques et Néron multiplie les preuves de piété filiale, aussi bien envers le défunt empereur qu’envers Agrippine, « la meilleure des mères ».
Le double jeu de Néron
Agrippine la Jeune
Agrippine la Jeune
Les premières années du règne semblent idylliques au peuple romain : l’empereur est le digne descendant d’Auguste. Il multiplie les gestes nobles, abolit ou diminue les impôts et promet que l’exercise de la justice ne sera plus le fait de la seule maison du prince. Il s’efforcera aussi de combattre la vénalité des administrations, de limiter l’autorité du César, de rendre aux sénateurs et aux magistrats leurs anciennes prérogatives en Italie et dans les provinces… Bref, Néron fait de bien belles promesses et, devant le Sénat, joue la carte de l’humilité.
Mais Néron est aussi un fervent admirateur de l’Orient. Initié à tout ce qui touche la Grèce et l’Égypte dès sa plus tendre enfance, il aspire de plus en plus à une monarchie de type hellénistique, comme son modèle, Marc Antoine.
Depuis Auguste, la propagande impériale avait cherché à donner le change, suggérant, afin de ne pas contrarier les Romains attachés à l’idée de République, que le principat n’était pas vraiment une monarchie. Mais, de fait, c’en est une. Néron, lui, veut arriver à une monarchie absolue… et même, pourquoi pas, à une théocratie.
Mais Néron est assez fin politique pour ne pas révéler ses ambitions secrètes au Sénat et aux Romains. Il y viendra, petit à petit…
Durant les cinq premières années du règne, peu d’événements sont à noter. Peu à peu, Néron semble se défaire de l’influence étouffante de sa mère, préférant les conseils de ses maîtres, Burrus et Sénèque.
Appelé en 49 pour enseigner la rhétorique, la morale et la philosophie au fils d’Agrippine, Sénèque va initier le jeune Néron au stoïcisme mondain. De fait, le stoïcisme selon Sénèque n’a rien de très rigoureux : bien que toujours favorable à la conciliation et à la mesure, pour le philosophe, la fin justifie les moyens. En clair, il est bien beau d’être philosophe mais aussi faut-il savoir s’adapter aux circonstances ! Le meurtre de Britannicus fait partie de ces petits désagréments que Sénèque pardonnera à son élève.
En 55, Britannicus a déjà de très nombreux partisans, auxquels vient s’ajouter Agrippine, furieuse de se voir écarter du pouvoir par son propre fils. Britannicus est sans aucun doute un danger pour Néron : fils de l’empereur Claude, il est apprécié du peuple et des sénateurs et peut arguer de sa filiation pour réclamer le trône. Il sera la première victime de Néron : le 13 février 55, alors qu’il a atteint l’âge de revêtir la toge virile, l’empereur prend la résolution de l’éliminer.
Faisant appel à Locuste, une empoisonneuse célèbre, il convie le jeune Britannicus à un souper. Méfiant, ce dernier fait goûter, comme toujours en présence de Néron, son breuvage à un esclave qui s’en porte très bien. Mais la boisson est très chaude : Britannicus verse de l’eau dans son verre. Ce geste lui sera fatal : il meurt dans l’heure, officiellement victime d’une crise d’épilepsie…
Les premières armes
Depuis cet assassinat, Néron s’est totalement libéré de l’influence d’Agrippine. Sans l’attaquer directement, il fait le ménage dans son entourage, exilant ou supprimant les hommes-clés de sa mère qui voit son œuvre se défaire peu à peu. Bientôt, il va faire ses premières armes contre le Sénat.
Dès le début de l’année 58, l’opposition sénatoriale se durcit vis-à-vis de l’empereur. Sans doute a-t-elle eu vent de la réforme fiscale qu’envisage le jeune « monarque ».
C’est que l’empereur doit faire face à de lourdes dépenses : sa libéralité a fini par vider les caisses, l’amphithéâtre qu’il prévoit de construire au Champ de Mars engloutit des sommes folles, tout comme la guerre en Orient. Le fisc impérial est mal en point.
Pour augmenter les revenus de l’État, Néron envisage de supprimer les taxes indirectes, louées à des publicains dont le peuple se plaint sans cesse, et de les remplacer par des impôts directs, dont les citoyens romains d’Italie sont exemptés. L’administration impériale se chargeant elle-même de cette perception, l’empereur serait donc le grand bénéficiaire de cette réforme.
Quand Néron présente son projet au Sénat, c’est bien sûr la levée de boucliers ! L’empereur, dépité, doit faire machine arrière… Mais ce sera la dernière fois : Néron, désormais, n’aura plus aucun scrupule à étendre son pouvoir au détriment des sénateurs.
Tuer pour régner
Néron dévoile enfin son vrai visage lorsqu’il fait froidement exécuter sa mère, l’omniprésente Agrippine. Sa politique se durcit et la mort de Burrus en 62, suivie la même année du départ de Sénèque de son conseil, font voler en éclat les derniers obstacles à la folie homicide de l’empereur. L’année 62 sera celle de tous les meurtres, de toutes les horreurs. Conscient qu’il lui faut asseoir son pouvoir, Néron va purement et simplement éliminer un à un tous les concurrents potentiels. La première à tomber sous les coups de l’empereur est Octavie, que Néron vient de répudier.
L’empereur sait que son ancienne femme a de nombreux partisans -n’ont-ils pas déjà provoqué une émeute ? Mais, avant tout, il craint qu’elle n’épouse un aristocrate qui, ainsi, pourrait prétendre au trône. Rubellius Plautus, descendant de Tibère et d’Auguste, est l’un d’eux ; l’autre, Faustus Cornelius Sylla Felix, bien que n’ayant pas le charisme du précédant, est descendant de Pompée, d’Auguste et de Sylla.
Tous deux seront éliminés, comme Octavie et comme, en 65, Claudia Antonia, la dernière fille de Claude. Néron fait place nette ! Tuer pour régner, tel est son mot d’ordre…
Quant aux sénateurs, ils n’ont qu’à bien se tenir. Déjà, les grandes familles sénatoriales sont éloignées des postes-clés et remplacées par des hommes à la solde de l’empereur.
Rome devient la capitale de l’intrigue et de la délation. Les complots se multiplient, l’empereur sombre dans la folie… et le peuple l’acclame !
Nova urbs
Scène représentant le martyre des premiers chrétiens par Gérôme (XIXe)
Scène représentant le martyre des premiers chrétiens par Gérôme (XIXe)
L’empire entre alors dans l’ère du néronisme… D’inspiration essentiellement hellénistique, le néronisme est plus qu’une politique, c’est un état d’esprit, une nouvelle approche culturelle du monde. Ce dont rêve Néron, c’est d’un empire subordonné à sa seule et unique volonté, lui, l’empereur-poète, le nouvel Apollon. Il rêve d’un empire soumis au luxus, c’est-à-dire les excès, la débauche en latin, et à l’agôna, les jeux en grec.
Entouré d’une cour de poètes, de philosophes et d’intellectuels, Néron participe aux jeux et aux spectacles, comme le faisaient les rois orientaux. Et c’est sous couvert de poésie et d’art que les adeptes du néronisme s’adonnent à l’excès et à la débauche. Une sorte de dolce vita, selon le mot de l’historien Eugen Cizek, s’empare de la cour, mais une douceur de vivre malsaine, perverse et excessive… comme son initiateur.
C’est dans ce contexte qu’il faut replacer les nombreuses constructions entreprises par Néron, comme la Domus aurea (la Maison dorée) et la Rome nouvelle, après l’incendie de la ville, en juillet 64.
Rome s’agrandissait alors chaque jour. Les rues étaient étroites et nombre de maisons étaient en bois : la cité idéale pour un beau feu de joie !
On a souvent représenté Néron jouant de la lyre et s’inspirant de l’incendie de sa capitale pour composer un poème sur la destruction de Troie. Peut-être fut-il en effet assez fou et mégalomane pour prendre plaisir au spectacle et même pour s’en servir de modèle, mais de là à dire qu’il aurait lui-même ordonné cet incendie… Il semblerait plus logique de penser que son origine fut tout simplement accidentelle. Cela n’empêchera cependant pas les rumeurs de se propager dès le lendemain de la catastrophe. Néron, montré du doigt avec insistance, trouvera, raconte Tacite, un bouc émissaire idéal avec les chrétiens qui seront donnés en pâture aux animaux du cirque ou « attachés à des croix où, enduits de matières inflammables et quand le jour avait fui, ils éclairaient les ténèbres comme des torches ». Débarrassé de cette « secte juive » qui proliférait et prônait une doctrine totalement incompatible avec une politique visant à le diviniser, Néron va pouvoir s’attaquer à son grand projet : édifier la nouvelle Rome !
Car Néron fut un grand bâtisseur, on l’oublie trop souvent. D’ailleurs, tout l’y poussait : sa mégalomanie, l’exemple d’Alexandre et des rois orientaux, son absolutisme et cette nouvelle culture dont il était à l’origine.
Déjà, en 60-61, Néron fait construire la Maison du Passage, suivit d’un gymnase au Champs de Mars, à l’usage des sénateurs et des chevaliers gagnés au néronisme. Le réseau routier est amélioré dans les provinces et le port d’Ostie agrandi. Des thermes luxueuses sont bâties en 66 et, bien sûr, la Maison dorée, toute de richesse et de splendeur. Quant à la Rome nouvelle, cette Nova urbs dont rêvait l’empereur, ses rues seront plus larges, ses habitations souvent en pierre, non plus en bois, et dotées d’un système d’accès pour les « pompiers ». L’incendie de la ville ne sera que la bonne excuse à l’exécution de ces projets grandioses…
La conjuration de Pison
Cette nouvelle mentalité, ces excès, ces constructions ne sont pas du goût de tout le monde et les complots fleurissent en cette année 65. Le plus important est celui de Pison.
Issu de la noblesse républicaine, Caius Calpurnius Piso est apparenté aux plus grandes familles de l’empire : les Scipions, les Licinii et peut-être même les Julio-Claudiens. C’est un homme de goût, un aristocrate raffiné qui, comme l’empereur, aime le sport, les jeux, la lyre. Depuis 50 environ, il « anime », ou plutôt dirige, un cercle puissant où se retrouve des hommes bien nés, des poètes et des philosophes, tous adeptes d’une certaine forme d’épicurisme.
Bref, Pison est « capax imperii », c’est-à-dire apte au pouvoir suprême, et c’est autour de lui que, dès 61, se cristallise une partie de l’opposition. En 65, les sénateurs et les chevaliers n’en peuvent plus : la conjuration est mise en place. Le but est de marier Pison à Claudia Antonia, dernière fille de l’empereur Claude, afin d’asseoir plus sûrement ses prétentions, et d’éliminer Néron… La date est fixée au 19 avril 65.
Mais, deux jours avant, la conspiration est éventée. La colère de Néron est terrible. Un par un, il fait arrêter et éliminer tous les conjurés. Un véritable régime de terreur s’instaure à Rome :
On eut dit que la ville entière était sous surveillance, raconte Tacite. Sans cesse passaient des bandes de prisonniers qu’on ramenait rapidement et qu’on entassait aux portes des jardins de Servilius… Le seul fait d’avoir souri à des conjurés, le hasard d’une conversation, tout cela était incriminé…
Les ravages de la répression font vingt morts et trois suicidés parmi les principaux conjurés, des multitudes d’exils et de dégradations chez les militaires.
À l’empereur qui lui demandait pourquoi il avait trahi, un des conjurés, dévoilant la pensée d’une majorité grandissante, répond alors :
-Je te haïssais ; il n’y eut, parmi les soldats, personne qui te fut plus fidèle que moi, tant que tu as mérité d’être aimé. J’ai commencé à te haïr du jour où tu es devenu le meurtrier de ta mère et de ta femme, cocher, histrion et incendiaire.
Cette épuration sera aussi l’occasion pour Néron de se débarrasser de son vieux maître, Sénèque, qui est contraint au suicide. L’opposition n’a plus désormais qu’une seule tête, celle de Thrasea. Néron attendra un an pour décapiter ce dernier bastion de la rébellion.
Le triomphe de Néron
Mithra sacrifiant un taureau
Mithra sacrifiant un taureau
La conjuration de Pison éliminée, les ardeurs des opposants refroidies, l’empereur peut enfin se consacrer à son triomphe, organisé en 66 à l’occasion du couronnement, à Rome, de Tiridate d’Arménie.
Depuis Auguste, Rome et le royaume parthe se disputaient l’Arménie, véritable État-tampon entre les deux empires. Après presque dix ans de guerre, en 63, Corbulon, général romain, reçoit Tiridate, neveu du Grand Roi parthe, et le reconnaît roi d’Arménie sous la protection romaine, ce qui met fin au conflit. Trois ans plus tard, après un périple de plusieurs mois, le nouveau roi d’Arménie vint donc à Rome, comme il l’avait promis, afin de recevoir sa couronne de Néron lui-même, reconnu ainsi souverain suprême du monde habité et, en quelque sorte, « suzerain » du roi d’Arménie. Cette victoire pacifique  sera l’occasion pour Néron de faire étalage de sa toute-puissance.
Devant Rome toute entière, Tiridate s’agenouilla devant l’empereur, le vénérant comme Mithra, le dieu parthe de la lumière, et le reconnaissant comme seul apte à faire et défaire les rois. Néron, en habit de triomphe, accepta « l’hommage-lige » du roi d’Arménie. La foule exultait, la paix était restaurée, les fêtes et les jeux se succédaient : le néronisme triomphait !
L’empereur se voyait en conquérant suprême, prévoyait le développement du commerce vers le Nord, en Pologne notamment, et vers les provinces de Crimée et d’Ukraine, riches en céréales. Sa soif de gloire était immense : il était le nouvel Alexandre !
Le tour de Grèce
Tiridate reparti, Néron, faisant fi du mécontentement grandissant, entreprend son rêve : un tour d’Orient, en Grèce d’abord puis en Égypte.
Depuis toujours, nous l’avons dit, Néron était fasciné par l’Orient et l’influence de ses maîtres, Chaerémon l’Égyptien et Sénèque, n’y était d’ailleurs pas étrangère.
Cela faisait trois ans que Néron repoussait son voyage quand, en septembre 66, il embarque enfin pour la Grèce. Pas la Grèce des Anciens, représentée par Athènes et Sparte, cette Grèce classique qui s’était opposée à Alexandre le Grand… Non, Néron, en admirateur inconditionnel du Macédonien, porte sa préférence sur la Grèce hellénistique et s’installe à Corinthe d’où il rayonnera pour de courts voyages.
Entouré d’une cour fastueuse, aussi apte que lui à apprécier tous les plaisirs de l’Orient, des jeux Olympiques au théâtre, Néron s’accorde un an de délire total. À Corcyre, en octobre, l’empereur donne sa première représentation en terre grecque et chante au pied de l’autel de Jupiter Cassius ; à Actium, il se produit au cours des fêtes et des jeux donnés en son honneur ; il est ensuite déclaré vainqueur des jeux Olympiques, Isthmiques, Néméens et Pythiques, quatre jeux nationaux limités aux seuls sportifs… non aux citharèdes !
Peu importe, Néron se régale. Il pousse même la folie jusqu’à épouser son eunuque, Sporus, acte qui scandalise Tacite mais dont on ne sait s’il faut l’associer à une quelconque cérémonie d’initiation…
Pourtant, Néron n’oublie rien de son rôle de bâtisseur et de libérateur. Ce peuple dont il se sent si proche, qui l’inspire tant, il va lui accorder la liberté ou plus exactement abolir son statut de province sénatoriale. Les Grecs seront donc fiscalement les égaux des Romains.
L’autre réalisation importante de l’empereur est le fameux canal de l’isthme de Corinthe. L’idée n’était pas neuve et il paraissait évident qu’une telle construction favoriserait grandement le commerce en Grèce. Aussi, fin septembre 67, Néron décide-t-il de lancer les travaux -travaux qui ne seront achevés qu’au XIXe siècle !
Tout semble se passer à merveille et l’empereur est prêt à embarquer pour l’Égypte quand il se décide à reprendre, sur les appels insistants d’Hélius, le chemin de l’Italie.
Le commencement de la fin
Au lieu de rentrer immédiatement à Rome, l’empereur s’installe à Naples, d’où il pense pouvoir gérer la crise. Mais cette fois, l’Empire entier se plaint.
Les sénateurs, effrayés par les éliminations successives des opposants et par leur perte de pouvoir, ne voient plus leur survie que dans la mort de l’empereur. Les provinces ont été ruinées par la guerre contre les Parthes, les reconstructions successives, les fêtes fasteuses données lors de son triomphe. La plèbe romaine elle-même, jadis totalement acquise à l’empereur, est lasse des meurtres et, surtout, a été durement touchée par la pénurie alors qu’il festoyait joyeusement en Grèce…
Tout concourt à la chute de l’empereur. Le premier soulèvement aura lieu en Gaule.
C’est Vindex, gouverneur de la Gaule  lyonnaise, qui donne le signal de l’insurrection entre le 9 et le 12 mars 68. Vindex a pris contact avec Galba, en Espagne, mais il n’a, en Gaule même, aucune légion sur qui compter et n’est soutenu que par une « armée populaire ». Et quand Lucius Verginius Rufus se présente avec ses légions de Haute-Germanie, Vindex ne fait pas le poids. Le premier round est pour Néron !
Mais la mort de Vindex est loin de signifier la fin du soulèvement : Galba, gouverneur de l’Espagne tarraconaise, est prêt à prendre la suite. Son prestige est immense et l’armée toute entière pourrait suivre ce général rebelle. Néron essaie bien de l’éliminer, mais les tentatives d’assassinat échouent toutes lamentablement ! En mai, Macer, général en Afrique, suit l’exemple de Galba et se soulève à son tour… Néron sait maintenant avec certitude qu’il est perdu…
« Quel artiste va périr avec moi ! »
Monnaie de l'empereur Néron
Monnaie de l'empereur Néron
Quand il apprend, en avril, la défection de Galba, Néron perd tout espoir de voir le soulèvement s’apaiser et se lance dans des préparatifs fébriles : on rassemble les troupes destinées à l’expédition caucasienne, on recrute une nouvelle légion, Néron se fait proclamer « consul sans collègue »… bref, Rome est en état de siège !
Parallèlement, l’opposition ne fait que croître à Rome, la famine fait rage et la plèbe gronde. Les rumeurs les plus folles circulent, démoralisant les rares partisans de l’empereur… Début juin, Néron, totalement affolé, se réfugie dans le parc de Servilius et songe même à gagner l’Égypte ou la Parthie…
Le 11 juin, Galba est proclamé empereur et Néron, détrôné après quatorze ans de règne, devient ennemi public…
S’il veut éviter les outrages de la torture et une fin ignominieuse, la seule issue est le suicide. Néron s’empare d’un poignard et, alors qu’il allait se transpercer le cœur, aurait déclaré avec emphase :
-Quel artiste va périr avec moi !
Ainsi mourait le dernier des Julio-Claudiens. Il avait trente ans.
Dernière mise à jour : ( 05-01-2009 )

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