Armée musulmane en marche (IXe siècle), d'après une iconographie du début du XXe siècle. Il semblerait que depuis peu il soit de bon ton de dénoncer « la » colonisation. Par ce terme, on entend bien entendu celle des pays du Maghreb et de l’Afrique noire par les Européens ; par ce terme également, les adeptes de la repentance désignent aux foudres de l’histoire l’esclavage et la volonté d’imposer à d’autres peuples un mode de vie, une culture toute occidentale. Jacques Chirac s’en était fait l’écho, voulant bien reconnaître à nos ancêtres tous les torts. Le président actuel se veut plus modéré, estimant, il y a quelques jours que « nul ne peut demander aux générations d'aujourd'hui d'expier ce crime perpétré par les générations passées [et] nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères ». C’est là toute la question de la repentance qui n’est rien d’autre qu’une la conséquence d’une autosatisfaction insolente, dénonçant les « crimes » de ses ancêtres pour, implicitement, se désigner aux yeux du monde comme « un homme bien ». Considération philosophique que tout cela ! Mais qu’en est-il de l’histoire ? De fait, l’idée même de ne parler que de « la » colonisation, comme s’il n’y en avait eu qu’une, est rien moins que réductrice.
Ce phénomène a traversé toutes les cultures, toutes les civilisations et, si l’on veut bien s’en souvenir, prend alors un aspect nettement moins criminel. Les Grecs, déjà, l’avaient pratiqué à grande échelle, Ioniens, Doriens et Eoliens succédant aux Phéniciens sur les rives méditerranéennes dès le IIe millénaire avant J.-C.. Soyons bien clair, il ne s’agissait pas de simples conquêtes mais bien d’installations pérennes de comptoirs commerciaux puis de centres culturels. Les Ptolémées ne feront rien d’autre en Egypte, colonisant tout un empire. Sans parler de Massilia (Marseille), de Syracuse, de la Corse. Sans parler des conquêtes arabo musulmanes au Moyen Âge qui porteront l’étendard d’Allah jusqu’aux portes de l’Europe. Les Chinois s’établiront au Vietnâm –et il suffit de voir, encore aujourd’hui les différences ethniques entre les Vietnamiens- et en Corée. Que dire également du vaste mouvement de découvertes initié au XVe-XVIe siècles par les Portugais et les Espagnols et prolongé par la France, la Hollande et l’Angleterre. Un élan qui, d’ailleurs, brisera les colonisateurs que furent les Incas et les Aztèques. A y regarder de prêt, il apparaît donc que la colonisation dont on fait si volontiers reproche à l’Europe, est un phénomène historique éternel. Un phénomène qui, il faut bien le dire, ne mérite sans doute pas d’être qualifié de « crime contre l’humanité ».
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