Isabelle de France et son fils, futur Edouard III, en visite chez Jean de Hainaut (iconographie du XIXe siècle). Personnage central du roman de Maurice Druon, Les Rois maudits, la fille de Philippe le Bel l’est également au regard de l’histoire : par son caractère, tout d’abord, et parce que c’est fort de son ascendance que les souverains anglais prétendront au trône de France. Mariée et reine d’Angleterre en 1308, Isabelle devait vite se rendre compte que son époux préférait de loin la couche des jouvenceaux à la sienne. Il mettra d’ailleurs quatre ans à se donner un héritier. Ceci fait, il se désintéressa totalement d’Isabelle, qui n’eut alors qu’un désir : se débarrasser de son royal époux. En 1322, Edouard II, las de rendre un hommage répété pour son fief de Guyenne aux frères de sa femme (Charles IV était le troisième), décida de déléguer cette « corvée » à Isabelle. L’éloignement de la cour anglaise n’était pas pour lui déplaire, elle qui craignait pour sa vie à cause de l’influence du dernier favori du roi, Hugh le Despenser. Mais elle voyait également dans ce voyage l’occasion de fomenter un coup d’Etat. Ce que le roi de France refusera de cautionner ! Si, dans ses Chroniques, Froissart prend fait et cause pour la Louve de France, force est de constater que le refus de Charles IV était dicté par la tradition, la loi vassalique. Peu importe ! Froissart y verra un trait de faiblesse ; Druon un désir de vengeance !
En effet, n’est-ce pas elle qui, selon les historiens du XIXe siècle, avait jadis dénoncé les frasques de ses belles-sœurs et donc qui, pour un esprit borné comme celui de Charles, était en grande partie cause de son malheur ? En réalité, le refus de Charles IV peut être considéré comme la plus intelligente de ses réactions. Mais si tout, vérité et mensonge, a été dit sur cette affaire, elle nous éclaire avant tout sur la personnalité d’Isabelle de France, de cette fameuse « louve » dont les historiens et les romanciers ont fait, à juste titre semble-t-il, la digne héritière de Philippe le Bel. En effet, ne fallait-il pas une haute opinion de sa personne et de son rang de même qu’une bonne dose de courage pour oser ainsi se révolter contre son époux et souverain ? Ne fallait-il pas posséder un art consommé de la politique autant que du sens théâtral pour convaincre, après s’être plainte « si tendrement, fondant en larmes et en pleurs », Jean de Hainaut de la soutenir ? Enfin, ne fallait-il pas être tout simplement quelqu’un de particulièrement tenace pour -avec le soutien de Jean de Hainaut et du duc de Kent-, armer les barons anglais, les inciter à la révolte et forcer finalement Édouard II à abdiquer ? Car c’est bien ce qui se passera. Isabelle s’emparera ainsi du pouvoir au nom de son fils Édouard III, fera exécuter Hugh le Despenser et, étant une femme à la conscience relativement limitée, fera périr son époux de manière infamante. Enfin, profitant de la jeunesse d’Édouard III, la « louve » laissera son amant, Roger de Mortimer, comte de La Marche, diriger le royaume. Un gouvernement qui se révélera rapidement despotique et qui entraînera, trois ans plus tard, la révolte des barons anglais et du jeune Édouard III qui, se révoltant contre sa mère, procédera lui-même à l’arrestation du lord-gouverneur, avant de le faire exécuter. Une maîtresse femme donc que cette Isabelle de France qui légua à son fils les traits les plus marqués de son caractère, à savoir l’ambition et l’énergie, ainsi qu’une claire conscience de son rang et de sa naissance. Car, par Isabelle, Édouard III est petit-fils de Philippe le Bel : un Capétien à part entière, un descendant de Saint Louis au même titre que Philippe de Valois…
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